Christine Fréchette devient première ministre dans un Québec en pleine recomposition politique
La Coalition Avenir Québec (CAQ) tourne une page majeure de son histoire. Première ministre désignée, Christine Fréchette sera assermentée sous peu et deviendra ainsi la deuxième femme première ministre de l’Histoire du Québec. Le défi qui l’attend est considérable. Une course à la chefferie constitue toujours un exercice délicat pour un parti politique, exposant au grand jour ses lignes de fracture et ses rivalités internes. La tâche d’unir les troupes qui incombe à la nouvelle cheffe pourrait s’avérer ardue en raison des fractures laissées par la dernière course et de l’insatisfaction d’une partie non négligeable du caucus qui lui avait préféré Bernard Drainville.
Un nouveau cabinet
L’arrivée d’une nouvelle première ministre rime avec nouveau conseil des ministres. Les ministres qui l’ont appuyé (Éric Girard, Ian Lafrenière, Jean-François Roberge, Gilles Bélanger, Kateri Champagne Jourdain, Mathieu Lacombe et Benoit Charrette) devraient vraisemblablement conserver leurs postes. À l’inverse, des figures ayant choisi de soutenir Bernard Drainville pourraient se retrouver dans une position plus précaire. Son défi : récompenser les loyautés, ouvrir la porte à de nouveaux visages, préserver l’équilibre régional et politique du gouvernement, tout en évitant de raviver les fractures internes au sein du caucus.
La CAQ en mode survie
En choisissant Christine Fréchette pour succéder à François Legault, le parti ne change pas seulement de chef. Il tente, à moins de six mois de l’élection générale, de corriger une trajectoire politique grandement défavorable. Le plus récent sondage Léger place la CAQ sous sa direction très loin derrière ses rivaux, à 13 % des intentions de vote chez les électeurs décidés, contre 33 % pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et 32 % pour le Parti québécois (PQ).
Son élection survient au moment où la structure même de la compétition politique québécoise s’est transformée. Le PLQ, dirigé par Charles Milliard, a regagné du terrain et redevient une option crédible pour une partie de l’électorat centriste. Le PQ, lui, continue de consolider son avance auprès de l’électorat francophone. La CAQ se retrouve ainsi prise dans un étau. Elle perd à la fois vers un PLQ qui redevient rassurant pour les électeurs en quête de stabilité et vers un PQ qui élargit son attrait au-delà du seul vote souverainiste.
Certes, Christine Fréchette améliore la marque caquiste. Elle peut certainement aider la CAQ à redevenir plus acceptable aux yeux d’une partie de l’électorat modéré. Mais la difficulté du parti ne relève plus uniquement du registre du leadership. Après huit ans au pouvoir, la CAQ paraît confrontée à quelque chose de plus lourd qu’un simple déficit d’image, à savoir une véritable usure politique.
Fréchette, entre continuité et repositionnement
Son arrivée représente aussi une bonne nouvelle pour la Rive-Sud de Montréal, elle-même députée de la circonscription de Sanguinet. Propulsée par les régions, le CAQ a souvent été critiqué de reléguer Montréal à l’arrière-plan. L’accession de Christine Fréchette à la tête du gouvernement pourrait ainsi être interprétée comme un certain rééquilibrage au profit du grand Montréal, particulièrement de sa couronne sud.
La prorogation du Parlement a interrompu les travaux de l’Assemblée nationale et mis sur pause plusieurs dossiers, forçant de fait une remise à plat partielle de l’agenda législatif. Pour les Premières Nations, cela peut représenter une occasion de rouvrir certains débats autrement, notamment sur les ressources naturelles et le régime forestier. Encore faut-il que le nouveau gouvernement choisisse de s’en saisir. Or, Christine Fréchette est jusqu’à présent restée remarquablement discrète sur les enjeux autochtones, son discours sur ses priorités prononcé lors de sa victoire n’ayant comporté aucune mention des Premières Nations.
Le vrai test commence
L’arrivée de Fréchette pourrait-elle, à elle seule, renverser la vapeur et produire un « effet Carney » ? Les Québécois seront-ils séduits en octobre prochain par cette figure rassurante de gestionnaire aguerrie incarnant à la fois stabilité et compétence ? À suivre. Le test Fréchette ne sera donc pas seulement celui du leadership, mais aussi celui de la capacité d’un parti de fin de cycle à redevenir pertinent avant qu’une campagne électorale ne le relègue durablement à l’arrière-plan.