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Seize03 - 14 janvier 2026

Démission de François Legault : le Québec entre dans une phase de transition politique majeure

Véritable secousse sismique en politique québécoise. Le premier ministre du Québec, François Legault, a annoncé sa démission. En poste depuis 2018, il occupait également, depuis peu, la fonction de ministre responsable de la région de l’Abitibi-Témiscamingue. Il a précisé qu’il demeurera en poste jusqu’à ce que son successeur soit désigné par le parti, vraisemblablement dans le cadre d’une course à la chefferie dont les modalités devraient être précisées dans les prochains jours. Dans l’intervalle, le gouvernement continue de fonctionner et les ministres sont appelés à poursuivre la gestion de leurs dossiers respectifs. 

Cette décision survient dans un contexte d’effritement majeur des intentions de vote en faveur de la Coalition Avenir Québec (CAQ). Un sondage publié le 13 janvier indique que la CAQ se retrouve désormais bonne dernière, ex æquo avec Québec solidaire (QS), à 11 % des intentions de vote.1 Cette chute brutale contraste fortement avec la domination électorale quasi hégémonique du parti lors des deux dernières élections générales, soulignant l’ampleur du recul politique subi par la formation caquiste. 

En annonçant sa démission, François Legault affaiblit inévitablement la légitimité politique du pouvoir qu’il exerce encore formellement. Bien qu’il demeure en fonction jusqu’à la désignation de son successeur, son retrait annoncé de la vie politique le place désormais dans une position transitoire, où l’autorité juridique subsiste, mais où l’autorité politique et symbolique s’érode. Le premier ministre devient ainsi un chef de gouvernement en sursis, détenteur des pouvoirs institutionnels, mais privé de la pleine capacité politique d’engager l’avenir. 

Des questions pour l’avenir de la CAQ 

À ce stade-ci, cette annonce soulève davantage de questions que de réponses. Fondateur de la CAQ, François Legault était perçu par plusieurs comme le ciment assurant la cohésion interne du parti. La CAQ, rappelons-le, est une coalition rassemblant à la fois des acteurs résolument fédéralistes et d’autres profondément nationalistes, dont le rapport au Canada demeure parfois ambigu. 

Le départ de François Legault ouvre ainsi la porte à une possible guerre intestine au sein même du parti, alors que ces différentes sensibilités pourraient chercher à s’imposer dans la course à la chefferie. En l’absence d’une figure unificatrice claire, la CAQ pourrait voir ses lignes de fracture idéologique émerger au grand jour, fragilisant davantage un parti déjà fortement affaibli aux yeux de l’opinion publique. 

Recomposition du paysage partisan : opportunités et risques 

La CAQ demeure pour l’instant une force politique majeure avec 79 députés, suivie du Parti libéral du Québec (PLQ) avec 18 élus, de QS avec 11 députés et du Parti québécois (PQ) avec 6 députés. À cela s’ajoutent 10 députés indépendants, tous d’anciens caquistes ayant été expulsés du parti ou ayant quitté volontairement ses rangs. Certains, notamment Christian Dubé et Lionel Carmant, figuraient parmi les éléments les plus influents de la formation.  

La démission du premier ministre pourrait toutefois accélérer une recomposition du rapport de forces partisan. Le parti de Paul St-Pierre Plamondon a grandement bénéficié de la dégringolade caquiste, réussissant à rapatrier une portion substantielle de l’électorat insatisfait du gouvernement Legault. Cependant, un nouveau visage à la tête de la CAQ serait plus susceptible que François Legault, dont le taux d’impression défavorable a atteint 75 %2 récemment, de courtiser l’électorat péquiste, en particulier la frange nationaliste, mais réticente à l’option indépendantiste. 

Du côté du Parti libéral du Québec, l’enjeu sera de se repositionner en tant que pôle de stabilité et de gouvernance. Toutefois, le PLQ doit lui aussi traverser sa propre course à la chefferie, ce qui limite sa capacité à incarner, à court terme, une alternative prête à gouverner.  

La question nationale en toile de fond 

Cette séquence politique relance une interrogation plus fondamentale sur l’avenir de la « troisième voie » incarnée par la CAQ depuis 2018. L’effacement de François Legault soulève la question de la viabilité à long terme d’un projet politique visant à dépasser l’axe classique souverainiste-fédéraliste. Assistera-t-on à la poursuite de cette tentative de dépassement, ou plutôt à une (re)consolidation du clivage traditionnel structurant la politique québécoise depuis plusieurs décennies?  

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) pourrait lui aussi tirer son épingle du jeu, désormais bon troisième dans les intentions de vote et susceptible d’absorber une partie de l’électorat caquiste en rupture. Le PCQ pourrait ainsi incarner cette troisième voie, plus à droite, en phase avec une tendance plus large observée dans plusieurs démocraties occidentales, où les formations conservatrices gagnent du terrain.  

Un nouveau gouvernement à venir 

Dans les prochains mois, le Québec s’engagera dans une transition politique accélérée. Un nouveau premier ministre prendra les rênes d’un gouvernement caquiste qui, à défaut d’un leadership fort capable d’inverser la tendance, risque d’être remplacé par un autre parti en octobre prochain.  En revanche, si la CAQ parvient à se renouveler autour d’un leadership rassembleur, l’issue devient beaucoup plus imprévisible. Elle pourrait alors reprendre une partie du terrain perdu et rebattre les cartes pour l’ensemble des formations d’opposition.  

L’année 2026 s’annonce particulièrement captivante pour les amateurs de politique québécoise.  

Par Pascal Deslauriers, conseiller en relations publiques et analyste politique 

 

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