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Seize03 - 21 avril 2026

Remaniement ministériel à Québec : le changement dans la continuité

Est-ce que ce nouveau Conseil des ministres peut changer la donne pour la Coalition Avenir Québec ? À première vue, Christine Fréchette a plutôt bien réussi ce qu’elle a elle-même qualifié « d’exercice d’équilibriste » en tentant de satisfaire ses propres alliés, ceux de son rival, tout en cherchant à projeter une image de sang neuf. Son premier Conseil des ministres ne sonne pas la cloche d’un changement de garde à la CAQ, mais bien celle d’une première ministre qui unit ses troupes et relance une équipe plutôt usée après presque deux mandats à gouverner le Québec.

Le signal le plus visible est celui du renouvellement, avec cinq nouveaux visages qui n’avaient jusqu’à présent pas eu accès aux banquettes ministérielles. Il s’agit de Catherine Blouin (Bonaventure), Daniel Bernard (Rouyn-Noranda–Témiscamingue), Kariane Bourassa (Charlevoix–Côte-de-Beaupré), Karine Boivin-Roy (Anjou–Louis-Riel) et Mathieu Lévesque (Chapeleau). Fait intéressant, les deux premiers proviennent de régions délaissées par François Legault lors de son précédent remaniement ministériel, soit la Gaspésie et l’Abitibi-Témiscamingue. Quant à Karine Boivin-Roy, elle rejoint sa collègue Chantal Rouleau au Conseil des ministres, les deux femmes étant les seules députées de la CAQ sur l’île de Montréal.

Entre rupture timide et équilibre

À l’inverse, certaines figures associées à l’ère Legault sont exclues du Conseil des ministres. Geneviève Guilbault, qui a annoncé ne pas se représenter à l’automne, perd son poste, tout comme son collègue Jonatan Julien. C’est Benoît Charrette qui prendra sa place et héritera des Transports et, par le fait même, du dossier du troisième lien. Malgré l’annonce de son départ de la vie politique, Sonia LeBel conserve l’Éducation, à l’instar d’autres figures d’expérience que Christine Fréchette choisit de maintenir en place. Éric Girard demeure ainsi aux Finances, Sonia Bélanger à la Santé et France-Élaine Duranceau au Conseil du trésor.

Celui qui était perçu comme le poulain de François Legault, Simon Jolin-Barette, conserve son poste au ministère de la Justice, mais perd deux rôles importants, soit celui de la responsabilité des Relations canadiennes ainsi que son poste de leader parlementaire.

Bernard Drainville obtient donc ce qu’il aurait explicitement demandé à Christine Fréchette à la suite de sa défaite, soit le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. Celui qui s’était précipité à quitter les lieux après la victoire de Christine Fréchette le 12 avril dernier se retrouve donc à la tête d’un des ministères névralgiques, dans un geste qui apparaît comme une main tendue à son clan et une façon d’éviter que les divisions de la course à la chefferie ne s’installent durablement.

Le retour de François Bonnardel au Conseil des ministres est également chargé de sens. Vieux routier de la politique québécoise, celui qui est élu depuis 2007 revient en poste après avoir été exclu pendant quelques mois dans la foulée du scandale entourant SAAQclic. Bonnardel prend donc la place de Jean-François Roberge à l’Immigration, ce dernier conservant tout de même la Langue française et la Laïcité. Lionel Carmant revient lui aussi au Conseil des ministres après avoir claqué la porte en octobre dernier en invoquant un conflit familial lié à l’adoption de la Loi 2 sur la rémunération des médecins.

Ian Lafrenière, en plus de conserver son poste de ministre responsable de la Sécurité intérieure et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, est également nommé Vice-Premier ministre du Québec.

Malgré la volonté claire de Christine Fréchette d’atteindre la parité, cet objectif n’est pas atteint avec un cabinet composé de 19 hommes et de 12 femmes.

Sondage Léger : la CAQ relève légèrement la tête

Ce remaniement survient au moment où un nouveau sondage réalisé par la firme Léger donne un peu d’air à la CAQ. Sans pouvoir parler « d’effet Fréchette », Christine Fréchette semble offrir à son parti un léger rebond de quatre points de pourcentage.

À l’inverse, le Parti libéral de Charles Milliard semble déjà perdre une partie de son élan. Celui à qui plusieurs ont reproché de ne pas se commettre suffisamment sur les enjeux de l’heure au cours des derniers mois l’a finalement fait, après plusieurs hésitations et en provoquant l’ire de son caucus anglophone, notamment autour de la Loi 96 et de l’utilisation de la clause dérogatoire. Le chef libéral voit son parti reculer de cinq points dans les intentions de vote, principalement au profit de Mme Fréchette.

Les Québécois, en particulier les francophones, semblent encore nombreux à faire confiance à Paul St-Pierre-Plamondon pour prendre les rênes du gouvernement québécois, celui-ci étant encore en mesure de se maintenir au-dessus de 30 % des intentions de vote. S’il renonçait à l’idée de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec, ses appuis se chiffreraient à 39 %, ce qui lui garantirait une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Cela démontre une chose. Le principal frein à l’adhésion au Parti québécois ne semble pas être Paul St-Pierre Plamondon lui-même, mais bien la perspective d’un référendum. C’est, en un sens, une donnée encourageante pour le chef péquiste, qui domine les sondages depuis plus de deux ans et conserve encore une marge de manœuvre pour tenter de rallier davantage de Québécois à son projet souverainiste.

Un remaniement aux effets forcément limités

Dans ce contexte, le remaniement de Christine Fréchette change surtout l’image du gouvernement, beaucoup plus qu’il ne transforme réellement le rapport de force politique. Avec le calendrier parlementaire actuel, il ne reste plus que deux mois de travaux avant les prochaines élections. Ce remaniement envoie plusieurs signaux politiques, mais il semble difficile de croire qu’il puisse changer profondément la trajectoire de la CAQ dans un laps de temps aussi court. Entre un agenda parlementaire serré et un retard notable dans les sondages, la marge de manœuvre du gouvernement apparaît très étroite. Renverser la vapeur relève donc d’un pari hautement ambitieux.

L’analyse de notre expert : Pascal Deslauriers, conseiller principal et analyste politique