Faire passer le décor avant l’entreprise
C’était le local parfait. De grands espaces, des murs de briques, en plein centre-ville.
« Mon entreprise allait bien. J’avais des bons clients, je sentais la nécessité ou le besoin d’agrandir les locaux qu’on avait à l’époque. J’ai dit : OK, on y va avec ça. Je regarde mon budget, je me dis que je peux me le payer. Oui, c’est plus cher que je pensais, mais je suis capable de me le permettre. »
Éric Cardinal s’est rendu compte assez rapidement que c’était une erreur. « Ça a mis trop de pression sur les finances de l’entreprise, explique-t-il. Ça a ralenti notre croissance, ça l’a même bloquée. »
L’entreprise s’est retrouvée avec trop de frais fixes par rapport à ses revenus, un bail de deux ans et aucune marge de manœuvre. Deux personnes ont dû être licenciées et le bail a fini par être résilié avec pénalité.
C’était en 2011. Aujourd’hui, Éric Cardinal et son équipe de SEIZE03, qui compte 13 personnes, sont en télétravail.
Un parcours particulier
Le nom de l’entreprise fait référence à l’année 1603, quand le traité qu’on a appelé la Grande Alliance a été conclu à Tadoussac entre les Français et les nations autochtones, une entente qui a permis la colonisation de la vallée du Saint-Laurent et qui renvoie aux débuts des relations intergouvernementales.
Le parcours d’Éric Cardinal jusqu’à la fondation de SEIZE03 en 2021 est particulier. Il a commencé par étudier en génie aérospatial, avant de bifurquer vers les sciences politiques et le droit constitutionnel.
Son chemin a croisé celui du premier ministre Bernard Landry. « La question autochtone l’intéressait beaucoup. Il y avait la Paix des Braves qui se négociait à ce moment-là et il avait décidé de prendre en main la négociation avec Ted Moses », raconte-t-il. Il cherchait quelqu’un pour l’aider.
J’ai eu la chance d’aller travailler avec Bernard Landry pour la Paix des Braves et j’ai été chef de cabinet des Affaires autochtones au gouvernement du Québec en 2002 et 2003.
Cette expertise au sein du gouvernement, Éric Cardinal l’a mise à profit après cet épisode politique. « Quand la politique m’a laissé », précise-t-il. Il a exécuté des mandats pour des communautés autochtones avant de créer son entreprise de relations publiques, de retourner brièvement en politique et de passer ensuite cinq ans avec National, la plus grosse firme de relations publiques à l’époque.
Avec son collègue Éric Duguay, il a fondé SEIZE03, qui a étendu ses antennes dans le secteur municipal et l’environnement, en plus des affaires autochtones.
Un retour en présentiel ?
Tout le monde est en télétravail, ça se passe bien, les affaires roulent. Et le projet de réunir l’équipe sous un même toit a refait surface. « On y pense, ça va venir un jour », dit le cofondateur de l’entreprise.
Ce sera une décision plus réfléchie, pour ne pas répéter l’erreur de 2011. « Ça a été d’aller trop vite et peut-être de confondre croissance et apparence », analyse-t-il aujourd’hui.
Les beaux locaux bien situés, « c’était l’image que je me faisais pour une firme de relations publiques. C’est une erreur de prendre une décision pour se faire plaisir quand on est entrepreneur ».
La leçon qu’il en tire : « C’est de se demander, pour paraphraser Pierre-Yves McSween, si on en a vraiment besoin. »
« Les besoins, c’est autant les besoins des clients que les besoins internes des employés, dit-il. On a fait le tour de tous nos employés. On a beaucoup de jeunes dans notre équipe, on a un bon mix de seniors et de jeunes. On entend souvent dire que les jeunes sont contre le présentiel. Ce n’est pas le cas. Moi, ce que je réalise, c’est qu’ils ne sont pas contre le présentiel. Ils sont contre le présentéisme. »
La réflexion se poursuit donc. « Il y a toute une organisation du travail à réfléchir avec un espace physique versus le télétravail. »